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Laura, 23 ans, France

Thank you Laura for submiting this heart warming text to me, it meant a lot for you to share a moment that is so intimate and so vulnerable. This submission means a lot to me, as I read I could see myself in Laura's words. For the first Caos issue, they wrote as follows "J'ai écris ce petit texte il y a un moment. En fait peu de temps après m'être auto diagnostiquée comme neurodivergente, ça a été une révélation pour moi qui s'est accompagnée de beaucoup de soulagement. Mais j'avais aussi, et encore aujourd'hui, beaucoup de choses avec lesquelles faire la paix sous ce nouvel éclairage. C'était important pour moi de revenir sur ce sentiment de décalage permanent qui m'a accompagné depuis ma petite enfance."


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Je ne me suis jamais vraiment sentie à ma place nulle part. Je peux feindre de faire partie du jeu de quille, jouer les caméléons, faire comme si je n'étais pas en perpétuel décalage. C'est plus simple de jouer à ça dans les lieux familiers, mais ce n'est jamais qu'un jeu et jamais simple. Et c'est toujours fragile, je porte un masque de papier crépon.

Je peux être étrangère dans ma propre maison, face à ma propre famille. Ne pas me reconnaître dans les traits de mes adelphes, dans les yeux bruns que nous partageons. Mon propre reflet peut m'être étranger.

Je ne suis pas douée pour feindre, prétendre, tant d'efforts fournis pour si peu de résultats. Et il suffit d'un grain de sable pour que tout se perde, pour que le décalage soit là, invisible mais si grand pourtant. Un fossé sans fond, un océan sans côte, avec moi au milieu qui me débat pour ne pas couler et prétendre que oui, j'ai comme tous les autres un radeau et une bouée. C'est faux, un pur mensonge. Je ne comprends pas ça, je ne comprends pas cette impuissance à faire ces choses apparemment si simples naturellement. Ne pas faire des gaffes plus grosses que soi, ne pas être en permanence à côté de la plaque, ne pas être bizarre.


Bizarre.. Folle. Souvent ces deux mots se sont confondus dans les adjectifs pour le décrire et me définir. Je n'étais pas joyeuse, gentille, bien intentionnée mais un peu maladroite, non j'étais « la folle ». Deux petits mots et un déluge de blessures, un cortège de traumas qui me suit encore aujourd'hui.

Je ne comprend toujours pas ce qui coince, je fais des efforts pourtant. J'essaie de ne pas faire de vagues, d'agir normalement, de me fondre dans la masse et le décor. Mais je n'y arrive pas. Et j'ai peur, tout le temps, en permanence. Qu'est ce qui ne va pas chez moi ? Pourquoi est-ce que c'est si dur ? Est-ce que je n'essaie pas assez ? Est-ce que je suis fondamentalement cassée ?

Il y a toujours un truc qui dépasse, un espace qui manque dans le moule, je ne le remplis pas bien quoique je fasse. Pourtant j'essaie et j'essaie, encore et encore, jusqu'à me tordre, me déchirer dans ces perpétuelles contorsions. Ce n'est jamais assez.

C'est simple pourtant, il me suffirait de faire les choses, de fournir le petit effort, de suivre le diapason des yeux pour danser au pas. Un tout petit effort, et puis les milliers d'autres, constamment, pour ne pas emmêler ses pas et ne pas trébucher au milieu de la piste.


Je n'y arrive pas, et j'ai peur de décevoir, peur d'être un poid que l'on traîne, peur ne pas être assez bien pour tous ceux qui m'entourent. Parce que je finis toujours pas perdre le rythme, par me perdre dans la danse. J'ai peur d'être cassée, inadptée parce que je suis incapable de faire les choses si simples que l'on me demande.

Peur, parce que je ne sais que faire des vagues d'émotions qui me submergent, de ces tsunamis qui m'animent et alimentent ma vie. Ces émotions que je vis trop fortes, trop vives et intenses en moi. Je devrais savoir tailler dans le vif, réduire, contrôler et savoir compartimenter.

Peur, parce que rappeler de visages, de noms, de voix, même si je les ai vu et entendu des dizaines de fois, m'est difficile. Ce n'est pourtant pas grand chose, et je sais que ce n'est pas par indifférence pour les individus qui m'entourent. Il me faut juste ce qui semble être un temps infiniment long pour y parvenir.

Paur, parce que je ne sais pas dire les choses qui me traversent de ma propre voix de chair, les mots tant aimés et chéris me manquent et je n'ai que ce vide immense. Cette abysse que je ne peux pas traduire, non par aphonie soudaine mais parce que j'ai l'intime conviction que je ne serai pas comprise.

Fais un effort, ne réagis pas comme ça, arrête tes bêtises. Je veux bien, j'essaie je vous le jure… Mais je n'y arrive pas. Alors, je continue de cacher, instinctivement. Je fais ce que je peux pour faire semblant, ignorer ce que je sais depuis très très longtemps. Ce secret de polichinelle qui me suit à la trace où que j'aille.


J’ai écrit cela d’une traite, en ce moment je me questionne pas mal sur moi-même et le futur : enfants ou pas ? stabilité ou mouvement ? Ce texte sans prétention offre un petit fragment de ces pensées.


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Mélissa. D // 30 ans // France

J’ai eu 30 ans en octobre dernier. Pas de fête car j’ai toujours un peu détesté l’hypocrisie sous-jacente des fêtes d’anniversaire : l’obligation d’offrir un cadeau, inviter X ou Y pour ne pas nuire à l’harmonie du groupe d’amis. Après tout, les vrais me le souhaiteront. Je me suis toujours considérée comme indifférente aux normes, anti-conformiste. Mais ça, c’était avant. Effet de la trentaine ou de la quarantaine vécue et des couvre-feux qui nous isolent de toute rencontre spontanée, de liberté ? Peu à peu, je me suis renfermée sur moi et je me suis posée la question cliché : quel est le bilan de mes trente premières années sur Terre ? Nous avons toutes et tous des identités multiples et se décrire brièvement semble complexe. En soit, j’appartiens au groupe de celles et ceux que l’ancienne porte-parole du gouvernement (Sibeth Ndiaye) qualifiait de cueilleurs de fraises. Je suis aussi un membre du club si VIP des trentenaires. Je suis française et parfois j’en suis ravie ; d’autres fois moins. Je suis une femme hétérosexuelle, j’ai un chaton et un compagnon. Mais voilà le mais… On nous martèle sans cesse à travers la publicité, l’opinion publique qu’à mon âge on devrait commencer à être stable, à construire quelque chose sur le long terme, à être raisonnable, plus dans la réflexion et moins dans la pulsion. Avez-vous déjà passé un été (oui, je suis prof, j’ai du teeeeeemps) entouré de bébés, d’une belle-sœur qui meurt d’envie d’avoir un enfant et dont les tentatives échouent ? De couples si heureux, ensemble depuis si longtemps que nul ne saurait remettre en question leur complémentarité ?

Et vous, vous êtes là, au milieu. Mes relations sentimentales n’ont jamais dépassé les 3 ans, je n’ai pas le permis, pas d’enfant et je ne suis même pas sûre d’en vouloir. J’ai le sentiment de ne pas appartenir au groupe “femmes de 30 ans épanouies”. Alors qu’au fond de moi, je sais que ce sont des conneries, que le bonheur a de nombreuses facettes...bordel, qu’est ce qui m’arrive ?